Citations


La Vérité d'une œuvre en est le prix. Valeureux qui la paie en personne.
Joëlle Dautricourt


Je voulais écrire un livre qui signifierait quelque chose pour les gens, pas pour les morts du passé ou de l'avenir, mais pour les vivants, une œuvre qui pourrait non seulement les soutenir, mais les changer, non seulement enrichir le monde au sens d'un ornement, mais le transformer, le redéfinir, le réinventer.

Andrea Dworkin, First Love


Du mouvement :

Les autres ne comprennent pas ce que sont les exercices. Ils doivent faire quelque chose, faire une natte, tresser un panier. Mais un danseur sait que le simple fait de bouger est déjà une réalisation en soi.
George Balanchine


De la forme :

Plus une forme est vraie et plus grande est la puissance de ce qui est non formé en elle.
Gershom Scholem, Shi'ur Qoma


De la main :

J'entreprends cet éloge de la main comme on remplit un devoir d'amitié. Au moment où je commence à l'écrire, je vois les miennes qui sollicitent mon esprit, qui l'entraînent. Elles sont là, ces compagnes inlassables, qui, pendant tant d'années, ont fait leur besogne, l'une maintenant en place le papier, l'autre multipliant sur la page blanche ces petits signes pressés, sombres et actifs. Par elles l'homme prend contact avec la dureté de la pensée. Elles dégagent le bloc. Elles lui imposent une forme, un contour et, dans l'écriture même, un style.
Henri Focillon, Éloge de la Main


De l'écriture :

"Sait-on ce que c'est qu'écrire?"
Mallarmé a répondu à cette question, sur le plan de la physique, en réfléchissant sur la matérialité de l'acte d'écrire et en cherchant à en dégager le sens. On écrit, en général, sur du papier blanc et avec de l'encre noire. Tout au moins Mallarmé, à partir de l'époque de sa maturité n'utilise-t-il d'encre que noire. Il n'envisage l'écriture qu'en noir et blanc, parce que seule cette disposition a pour lui une valeur symbolique :
"Tu remarquas, insiste-t-il, on n'écrit pas, lumineusement, sur champ obscur, l'alphabet des astres, seul, ainsi s'indique, ébauché ou interrompu; l'homme poursuit noir sur blanc".
L'écriture noire sur blanc est inverse de l'écriture des étoiles : le livre du ciel est écrit blanc sur noir. L'encre dont se servent les hommes est ténèbres, obscurité; c'est avec ce noir qu'il faut créer. L'homme trouve ce noir - autre contraste - dans la clarté de sa conscience, symbolisée par un encrier de verre blanc ou de cristal :
"L'encrier, cristal comme une conscience, avec sa goutte, au fond, de ténèbres relative à ce que quelque chose soit".
À la constellation céleste correspond la noire écriture humaine, "pli de sombre dentelle qui retient l'infini". L'écriture est une création inversée.
Jacques Schérer, Le Livre de Mallarmé

La lecture gardera pendant des siècles encore son importance, malgré une sensible régression pour la majorité des hommes, mais l'écriture est vraisemblablement appelée à disparaître rapidement... L'écriture passera dans l'infrastructure sans altérer le fonctionnement de l'intelligence, comme une transition qui aura eu quelques millénaires de primauté.
André Leroi-Gourhan, Le Geste et la Parole

C’est donc vers un resserrement des images, vers une rigoureuse linéarisation des symboles que tend l’écriture. Armée de l’alphabet, la pensée classique et moderne possède plus qu’un moyen de conserver en mémoire le compte exact de ses acquisitions progressives dans les différents domaines de son activité, elle dispose d’un outil par lequel le symbole pensé subit la même notation dans la parole et dans le geste. Cette unification du processus expressif entraîne la subordination du graphisme au langage sonore, elle réduit la déperdition de symboles qui est encore caractéristique de l’écriture chinoise et correspond au même processus que suivent les techniques au cours de leur évolution.
Elle correspond aussi à un appauvrissement des moyens d’expression irrationnelle. Si l’on considère que la voie suivie jusqu’à présent par l’humanité est totalement favorable à son avenir, c’est-à-dire si l’on accorde une totale confiance dans toutes ses conséquences à la fixation agricole, cette perte de la pensée symbolique multi-dimensionnelle n’est pas à considérer comme autre chose que l’amélioration de la course des Équidés lorsque leur trois doigts se sont réduits à un seul. Si par contre on considère que l’homme réaliserait sa plénitude dans un équilibre où il garderait contact avec la totalité du réel, on peut se demander si l’optimum n’est pas rapidement dépassé à partir du moment où l’utilitarisme technique trouve dans une écriture complètement canalisée le moyen d’un développement illimité.
André Leroi-Gourhan, Le Geste et la Parole


De l'anthropologie :

Dans l'ensemble des sciences humaines, l'anthropologie a toujours eu pour caractère distinctif de s'enquérir de l'homme au-delà des limites qu'à chaque période de l'histoire les hommes assignaient à l'humanité. Pour l'antiquité et le moyen-âge, ce point était trop rapproché pour que l'anthropologie fût possible, car chaque culture ou société le situait à sa porte, excluant donc ses voisins immédiats. Et, dans moins d'un siècle, quand la dernière culture indigène authentique aura disparu de la surface de la terre et que nous ne dialoguerons plus qu'avec les ordinateurs, ce point deviendra si éloigné qu'on peut douter que des recherches, qui se voudraient pourtant fidèles à l'inspiration première, méritent encore le nom d'anthropologie.
Claude Lévi-Strauss, L'Œuvre du Bureau of American Ethnology et ses Leçons

Mais n'est-ce pas que la pensée magique, cette "gigantesque variation sur le thème du principe de causalité", disaient Hubert et Mauss, se distingue moins de la science par l'ignorance ou le dédain du déterminisme, que par une exigence de déterminisme plus impérieuse et plus intransigeante, et que la science peut, tout au plus, juger déraisonnable et précipitée?
Claude Lévi-Strauss, La Pensée Sauvage


Du désir de connaître :

Les quelques textes du Zohar qui traitent de la phase primordiale de l’émergence des sefirot utilisent une image et une seule, celle de la gravure ; c'est en creux ou comme des creux que les sefirot s'inscrivent au tout début de l'émanation. Elles ne surgissent pas hors du Néant divin : elles y sont des trous, des manques. Elles ne manifestent pas un Dieu inconnaissable, elles délimitent les strates de son inconnaissance. Elles désignent une à une toutes nos ignorances en donnant forme à l'Inconnu. C'est pourquoi elles ne sont pas des objets de pensée pour les cabalistes et encore moins des concepts. Elles sont les dix manifestations de notre ignorance au sujet de l'Infini. De la première à la dernière, elles décrivent l'étendue du néant de notre savoir en même temps que du Néant divin. Connaître ces dix émanations, c'est connaître précisément les limites de notre connaissance relativement à la divinité. Et c’est là la plus vaste des entreprises de l’intelligence : sonder le fond obscur de l'Infini dans les creusets par où il échappe à notre entendement. Les sefirot, et bien sûr les figures qui les représentent dans le Zohar, constituent donc le butoir de notre désir de connaître.
Charles Mopsik, Introduction au Zohar des Lamentations


De l'amour :

Qui sait? Peut-être l'amour est-il plus fort qu'un nom sacré. Une fois gravé dans un cœur, l'amour ne peut plus être effacé. Il vit à jamais.
Isaac Bashevis Singer, Le Golem


Du gros lot :

Voyez-vous, Reb Sholem Alei'hem, si vous devez attraper le gros lot, le gros lot vous attrape. C'est comme on dit : "Quand ça va, ça court" ; pas besoin de malice, pour ça. Mais si, Dieu garde, vous n'avez pas la chance, alors vous pouvez causer et causer, ça vous sert autant comme la neige de l'hiver dernier. C'est comme on dit : "Contre un mauvais cheval, il n'y a pas de bonne raison." Mais, à rebours, tu trimes, tu t'échines, tu te couches pour mourir (à tous les ennemis d'Isroèl je le souhaite !) ; et puis, tout d'un coup, tu ne sais pas pourquoi ni comment, voilà de tous les côtés que ça vient, ça trotte, ça galope, comme on lit chez nous dans la Thorè : "Aussi longtemps que j'ai une âme dans mon corps et un sang dans mes veines, un Yid ne doit pas perdre la confiance."
Sholem Aleichem, Un Violon sur le Toit, Tèvié le Laitier